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Culture : Changement et continuité dans l’Ahwash des Juifs-Berbères au maroc

Nourelhak Cela n’est pas d’une notoriété publique, mais certain(e)s initié(e)s au moins savent que parmi les genres musicaux marocains, la musique maroco-andalouse, par exemple, a dépassé les frontière du Maroc pour s’implanter dans d’autres horizons grâce notamment à la mobilité de la communauté juive marocaine immigrée et à son attachement farouche à sa culture malgré tous les effets apparents des contraintes aliénantes de l’immigration

Cette implantation s’est surtout institutionnalisée avec la création de l’Orchestre Andalou d’Israël fondé par Avi Eilam Amzalag. Ce que je ne savais pas personnellement, jusqu’à très récemment, même si je l’ai toujours soupçonné et essayé d’en savoir avec précision en discutant à maintes fois notamment avec feu Haïm Zafrani, est le fait que le genre musical amazighe (berbère) de l’Ahwash ait également franchi les frontières du Maroc il y déjà un demi siècle pour s’implanter ailleurs. Cela, je l’ai appris récemment grâce à la thèse de Sigal Azaryahu (1999) intitulée : “ Processus de préservation et de changements dans la musique des Juifs de l’Atlas en Israël ” et aux échantillons vidéos de cérémonies vives de cet Ahwash d’outre mère que cet auteur a pu enregistrer auprès de certaines communautés de Juifs Marocains établis en Israël depuis les années cinquante du 20e siècle.

Je me propose donc dans cet contribution, de faire une lecture de cette image en miroir que les vicissitudes de l’histoire nous renvoient à travers les éléments des travaux de Sigal Azaryahu.

Suite…

C’est une histoire bimillénaire, celle de la communauté juive marocaine (Laredo 1954, Zafrani 1983, Schroeter 1997). Cette communauté compte deux sous-ensembles ethnico-culturels : les toshavim « autochtones » et les megorashim « expulsés (d’Andalousie) ». Même si les manuels de l’histoire, qui établissent le quotient moyen d’instruction collective, restent encore muets sur ce point, cette communauté a marqué l’histoire du Maroc depuis l’antiquité à différents plans et dans plusieurs secteurs (religion, langue, culture populaire, linguistique, annales / hagiographie, musique, arts et métiers, etc.
Elmedlaoui (à paraître). Pour ce qui est du secteur qui nous intéresse ici, la contribution de la communauté juive marocaine à l’évolution et à l’histoire de la musique marocaine et maroco-andalouse est grande, qu’il s’agisse des adhkar ou piyotim, de la chanson populaire (Sami Almaghribi, Pinhas Cohen et autres, ou enfin de l’ahwash et des rways qui nous concernent ici en premier lieu)
La thèse ‘MA’ de Sigal Azeryahu (1999):
Il s’agit dune description comparative ethnomusicologique en hébreu (définition des rôles, des étapes, des fonctions et des significations) de certaines variétés de l’ahwash du Haut Atlas central, et de l’ahidus du Sud Moyen Atlas.

La comparaison est faite entre les formes d’origine, audiovisuellement documentées à travers un travail de terrain dans les localités d’origine à Igloua , Tidili (Haut Atlas central au Sud de Marrakech) et Ait Bougmmaz (Sud-est d’Azilal), et les aspects que prennent ces formes d’origine dans le contexte de l’immigration judéo berbère marocaine en Israël, notamment dans les mochavim d’Aderet et de Shokeda.

La thèse ‘PhD’ de Sigql Azeryahu (en cours à l’UC. de Louvain)
C’est une thèse comptant pour le degré PhD. et ayant pour titre (The Ahwash singing ceremony shift from Morocco to Israel: forms, symbols and meaning). Il y s’agit d’un approfondissement de l’enquête et de l’analyse dans la même direction que celle de la thèse MA, en explorant notamment d’autres manifestations de la musique judéo berbère sur le terrain, et en observant les mutations que cette musique subit à travers les décennies (et non pas seulement les générations) par rapport aux formes d’origine sur les deux plans, musicologique et ethnologique.

Remarques sur des spécimens vidéo de la musique judéo berbère (document de Sigal Azaryahu):
a. L’ahwash du mochav d’Aderet dont les acteurs et actrices – des toshavim fort probablement – proviennent des Igloua, et de Tidili dans le Haut Atlas central, se caractérise par une assez grande adhérence aux canons de l’ahwash des lieux d’origine. Cela se voit, entre autres, d’après traits suivants : commencement par un chauffage fonctionnel mais aussi rituel de tambourins authentiques (‘tagnza’) sur un brasier afin d’en ajuster les trois tonalités; un cendrier improvisé en ‘naqus’; une bonne maîtrise du rythme quinaire 5/8, typique de l’ahwash, avec ces trois tonalités de percussion de tambourins (lhmz, agllay et nnqqr); des youyous justes et une danse sobre aux épaules et à mouvement vertical du corps; maîtrise des modes pentatoniques des airs; mémorisation d’un riche répertoire de chants et de mélodies anciennes; une diction chleuhe juste et une prononciation chleuhe standard (pas de perturbation des sibilantes comme les megorashim). Par contre, il se trouve que les hommes ont parfois des difficultés à tenir le registre haut, qui caractérise la vocalise du chant chleuh; ils dégradent ainsi parfois la voix d’une octave par rapport aux femmes pour certains airs.

b.L’ahwash / ahidus du mochav de Shokeda , dont les acteurs et actrices – des megorashim fort probablement – proviennent des Aït Bougmmaz (une zone tampon entre l’aire chleuhe et l’aire tamazighte), se caractérise par une interférence des genres (ahwash / ahidus / bughnim) et par beaucoup d’éléments épars qui connotent des aspects d’acculturation aux niveaux, entre autres, (i) de la langue (accent andalou: un /l/ emphatisé et une perturbation des sibilantes), (ii) des répertoires (paroles, mélodies et danses), (iii) du costume masculin, et (iv) des instruments de percussion (tambourins légers).

Il s’agit donc fort probablement d’une communauté de megorashim d’origine andalouse, déjà perturbée il y quelques siècles par un changement d’environnement linguistique et socioculturel suite à l’expulsion consécutive à la Reconquista (Andalousie => Maroc) et établie de surcroît , au terme de cette expulsion, dans une zone du Maroc qui est à cheval entre l’aire Tachelhiyt et l’aire Tamazight d’une part, et où interfèrent par conséquent l’ahwash et l’ahidus d’autre part, avant d’être enfin supplantée au milieu du 20e siècle du Maroc et pour s’implanter en Israël. Il y a là, en somme, l’illustration d’un scénario concret, parmi d’autres possibles en de semblables circonstance, de l’agonie d’un genre culturel d’une communauté bimillénaire.

c.Deux rays instrumentistes
(i)le rays instrumentiste, Barukh Ben David, de la ville de Petah Tikva, qui joue à la vielle monocorde, le fameux rebab du Sous. On le voit sur CD assis dans un fauteuil au terme d’une fête d’ahwash, vêtu à l’occidental et jouant à un rebab du Sous de qualité plutôt médiocre, apparemment improvisé.

(ii)le rays instrumentiste, Shalom Swissa , de Beer Sheva, qui jouait au tétracorde pincé (‘lutar’), qui avait une voix juste et une maîtrise des modes pentatoniques de la musique chleuhe. Il est décédé il y a quatre ans emportant avec lui un énorme matériel du répertoire de la chanson des rays de la première moitié du 20e siècle qu’il apprenait par coeur. On le voit sur le CD assis également sur un fauteuil, vêtu lui d’un costume marocain en face au ‘rébabiste’ Ben David avec lequel il échange une longue série de strophes de l’ancien répertoire des rays, tout en jouant son tétracorde de même qualité que le rebab.

Intérêt scientifique du travail d’Azaryahu
En décrivant et en documentant ces cérémonies et ces genres musicaux dans une perspectives historico-comparatiste, le travail d’Azaryahu offre à l’observateur une opportunité singulière d’observer, en temps réel, l’histoire de l’évolution des structures socioculturelles d’une communauté: il permet, entre autres, à l’investigateur observateur, une projection sur l’avenir, et une simulation des scénarii possibles pour l’évolution d’une structure socioculturelle donnée, ici la structure générale de l’ahwash / ahidus et ‘rways’, une fois certains facteurs extérieurs entrés en jeu (immigration, urbanisation, globalisation, etc.).

Dans : Non classé
Par mondetourisme
Le 17 mai, 2010
A 20:55
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